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Syrie: un médecin d’Alep témoigne de la difficulté de soigner sous les bombes

Écrit par  14 juin 2017

Le docteur Farida est obstétricienne à Alep. Elle y vit depuis 2012. Avec trois de ses collègues syriens de la Syrian American Medical Society (SAMS) elle est actuellement en France pour témoigner des difficultés insurmontables que les médecins syriens affrontent chaque jour pour pouvoir exercer leur métier. Rencontrée par RFI au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) à Paris, elle raconte.

Cette petite femme souriante au regard noisette a traversé l'enfer, comme ses collègues, lors du siège d'Alep par les forces syriennes et russes. Elle a même a été intoxiquée par des barils de chlore largués par l'aviation syrienne au plus fort des combats. Mais ces attaques chimiques ne sont rien pratiquement comparées au quotidien des habitants d'Alep depuis 2012.

« Un jour, nous étions dans salle de maternité située au 3e étage d’un immeuble, raconte le docteur Farida. Des amis avaient l’habitude de nous prévenir par talkie-walkie lorsque les avions approchaient, et nous descendions tous à la cave. Mais ce jour-là, une patiente était en train de donner naissance à un enfant. Impossible de descendre à la cave. Les avions ont bombardé l’hôpital. Il y avait du verre brisé partout, la maman a été blessée à la nuque tout en accouchant. »

« Une autre fois, poursuit l'obstétricienne, je pratiquais une césarienne sur une patiente. Une roquette a explosé dans notre salle d’opération. Il y avait des débris partout, même dans le ventre de la maman qui accouchait. Nous étions tous couverts de débris et de poussière et on ne pouvait pas fuir. L’abdomen de la patiente était ouvert, alors on a tout aseptisé et refermé le ventre de la patiente avant de fuir dans un autre bâtiment. »

Viser les hôpitaux faisait-il partie d'une stratégie délibérée du régime ? Le docteur Farida répond sans hésiter oui. Au début du drame syrien, il y a avait dix hôpitaux à Alep, il n'en reste plus qu'un.